Femmes sous l'uniforme
Les articles

 

L’armée française et les femmes
(1938-1976)

Par Élodie Jauneau



Dans la plupart des sociétés, la guerre et le maniement des armes ont toujours été réservés aux hommes ; les femmes devant avant tout être des épouses et des mères capables d’assurer dignement le repos du guerrier à son retour du front. L’idée qu’une femme puisse guerroyer, se battre ou participer activement à un conflit, tout en remplissant son rôle "naturel" est inconcevable dans l’imaginaire collectif. 

Même si cette vision sexuée des rôles "naturels" des hommes et des femmes tend à évoluer aujourd’hui, elle a prédominé pendant plusieurs siècles, dans la plupart des sociétés – et la France ne fait pas exception. 

L’image des femmes combattantes a longtemps été extrêmement péjorative. Même si elles sont l’objet de mythes [1] ou de légendes, elles n’en sont pas pour autant glorifiées. C’est le cas des amazones. Dans la Grèce classique, elles étaient le symbole d’un "monde à l’envers" et d’une inversion des rôles sexuels [2]. Cette légende est ravivée avec la conquête de l’Amérique et les amazones [3] luttant contre les conquistadores. Mais, les plus célèbres sont celles du Dahomey [4] au XIXe siècle, soldats féminins du roi, connues de nous grâce aux récits de voyageurs [5]. Devenant peu à peu symbole de pouvoir féminin, ce terme est souvent utilisé par des femmes "pour légitimer leurs interventions dans les territoires masculins de la politique et de la guerre" [6]

Comment les femmes sont-elles passées du statut de civiles aux côtés des soldats à celui de soldates à part entière ? Il s’agit là d’un processus lent et complexe, faisant intervenir de nombreux facteurs et acteurs. Considérer les femmes dans l’armée, c’est s’interroger sur les liens qui unissent l’armée aux femmes à travers son processus de féminisation depuis la fin des années trente.

Cet article, directement inspiré de mes recherches, propose de traiter deux grands points : les liens qui unissent l’armée française et les femmes depuis le XIXe siècle, puis l’image et la place de ces femmes au sein de l'armée et dans la mémoire collective.

1 - L’armée française et les femmes : une relation officieuse ?

La présence des femmes dans les rangs de l’armée

L’Armée et les femmes coexistent depuis longtemps. Au moins jusqu’au XIXe siècle, leur présence est remarquable au sein des troupes et non loin des champs de bataille. Elles sont cantinières, vivandières (souvent épouses ou veuves de soldats [7]) ou encore prostituées, mais rarement combattantes [8]. Depuis 1793, l’armée obéit à une "logique d’exclusion des femmes" [9], lorsque la Convention, lasse des désordres occasionnés par leur présence, décide de les expulser de l’armée, hormis les blanchisseuses et les vivandières indispensables au service des troupes. Au XIXe siècle, avec le développement de la conscription, les portes de l’armée entrouvertes à ces femmes se referment brutalement. La dernière femme combattante du XIXe siècle officiellement reconnue pour ses actes de bravoure et tardivement décorée, est Marie-Angélique Brulon [10], qui reçoit des mains de Louis Napoléon Bonaparte la Légion d’Honneur en 1851. La guerre franco-prussienne de 1870 et la première guerre mondiale achèvent ce retrait des femmes de la sphère combattante. En 1914, la disparition de la figure de la cantinière, tellement présente pendant la guerre de 1870 en est l’illustration parfaite [11]. La seule présence féminine tolérée en temps de guerre est celle de l’infirmière, "personnage le plus louangé de la guerre" [12], qui travaille bénévolement ou non pour le service de santé militaire [13].

Si les femmes demeurent cantonnées à des rôles et des tâches compatibles avec leur sexe, c’est aussi par crainte de voir le vice de la "nature" féminine pénétrer la sphère militaire, pervertir les combattants et les détourner de leur mission guerrière.

2. Les femmes soldats : des femmes viriles ou pernicieuses

La conscription [14] et le développement des casernes [15] comme lieu initiatique de la virilisation du "citoyen-soldat" [16] excluent définitivement les femmes du monde militaire et du métier des armes [17]. C’est depuis la fin de la Révolution [18] que la citoyenneté masculine est devenue indissociable du service armé [19]. "C’est à la caserne que se construit la virilité" et que "se fabriquent les hommes" [20]. Quant à l’institution "armée", elle est considérée comme le "lieu de construction de modèles masculins et d’école de la virilité" [21]. Il n’y a donc pas de place pour les femmes dans l’armée. Et même si la figure de la femme semble indissociable de celle du soldat, sa militarisation est inenvisageable. La conscription accentue encore davantage la frontière entre masculin et féminin dans la société : "la participation directe à la violence de guerre (donner ou recevoir la mort) dans un cadre étatique devient au début du XXe siècle, un critère qui distingue de manière plus nette que naguère hommes et femmes" [22]. Les hommes se construisent à la caserne et au front, les femmes à la maison, se posent en gardiennes du foyer, si possible en maternant.

Au XIXe siècle et pendant toute la première moitié du XXe siècle, les femmes liées à l’armée ou présentes dans des milieux traditionnellement masculins alimentent les critiques les plus acerbes qui voient dans ce phénomène une dénaturation de la femme et du rôle qu’elle doit accomplir dans la société. Cette virilisation de la "nature féminine" est fortement critiquée car elle serait la cause d’un "amollissement" [23] des hommes qui dénigreraient leur rôle "naturel". La mixité dans l’armée n’est donc jamais envisagée. Seules quelques féministes radicales comme Madeleine Pelletier défendent cette "virilisation des femmes" [24] et encouragent la création d’un service militaire féminin. En 1932, elle publie Une Vie nouvelle, roman dans lequel les femmes sont mobilisées et s’entraînent à la caserne [25]. Si, pour les féministes, l’entre-deux guerres est surtout synonyme de lutte pour l’accès à la citoyenneté politique, pour les radicales comme Madeleine Pelletier, elle s’accompagne aussi d’une égalité totale face à la lutte armée et la défense de la patrie en temps de guerre [26]. D’autres féministes, comme Marguerite Durand, souhaitent quant à elles un service militaire auxiliaire pour les femmes [27]. Au XXe siècle, ce lien entre féminisme et armée est prégnant puisque le terme d’amazone "sert à suggérer le féminisme le plus radical" [28]. L’idée que le féminisme radical soit un véritable combat est donc acquise. Pourtant, pendant longtemps, féminisme et pacifisme vont souvent de pair. Les femmes naturellement non-violentes ne peuvent être soldats. S’il est normal pour un homme d’effectuer son service militaire, cela devient contre-nature pour une femme. Prétendre au droit à la formation militaire pour les femmes est donc souvent perçu comme une revendication belliciste. Pourtant il existe des hommes féministes, et certains sont aussi des pacifistes convaincus.

Finalement, l’idée qu’une femme puisse être militaire comme un homme ne laisse personne indifférent et pour la première fois, à la fin des années trente, le gouvernement se penche sur la question.

2 - Les processus de féminisation de l’armée française

1. Rappel chronologique

Peu de temps avant la deuxième guerre mondiale, c’est la loi du 11 juillet 1938, dite "loi Paul-Boncour", sur l’organisation générale de la nation en temps de guerre qui sonne le glas d’une armée exclusivement masculine et qui marque le tournant historique de l’intégration des femmes dans l’armée française. Ce projet de loi qui a vu le jour en 1927 a ébranlé l’armée. Dès lors, la "Grande Muette" entre dans une ère de féminisation qui engendre de nouveaux rapports sociaux de sexes.

En 1927, Joseph Paul-Boncour, alors président du Conseil Supérieur de la Défense Nationale, se fait le rapporteur de la loi sur l’organisation de la nation en temps de guerre. Ce projet de loi envisage une mobilisation de toute la population en cas de conflit "sans distinction d’âge ni de sexe" [29]. Pour la première fois, les femmes sont perçues comme des personnels mobilisables. Si la militarisation des femmes n’est pas directement précisée dans ce texte, elle est latente puisqu’il y est question d’une "instruction préliminaire spécialisée" [30] destinée aux personnes "des deux sexes" peu familiers de la chose militaire. Cette loi rouvre les portes de l’armée aux femmes et dès 1938, celle-ci compte dans ses rangs les premières femmes servant sous statut civil.

La deuxième guerre mondiale est aussi un tournant considérable dans les débuts de la féminisation de l’armée. Dès 1939 est mise en place la S.S.A. [31] qui est rattachée au service de santé de l’armée, le 28 décembre. Engagées volontaires, ces femmes sont donc présentes dès le début de la guerre en France et à l’étranger [32]. La "Drôle de Guerre", commencée le 1er septembre 1939 [33], cesse le 10 mai 1940, date à laquelle l’armée allemande pénètre en France. Face à cette débâcle, le Maréchal Pétain, "le vainqueur de Verdun", demande la fin des combats le 17 juin. Le 22 juin, la France est vaincue après la signature de l’armistice. Entre temps, le 18 juin, l’appel du général de Gaulle lancé depuis Londres invite les Français à poursuivre la guerre. 

Même si le général de Gaulle n’en appelle pas explicitement aux femmes, celles-ci n’en sont pas moins concernées et cet événement signe l’acte de naissance des premières formations féminines de l’histoire de l’armée française. Des femmes quittent la France pour la capitale anglaise ou l’Afrique du Nord [34]. D’autres, qui résident déjà en Angleterre au moment de la défaite, s’organisent et rejoignent Londres [35]. Certaines, comme Hélène Terré, appartenaient déjà aux S.S.A. entre 1939 et 1940. Le 7 novembre 1940, la première unité militaire du Corps auxiliaire féminin des F.F.L. [36] est créée, dirigée par l’ancienne championne de tennis Simone Matthieu puis par Hélène Terré [37]

Maryse Bastié et Maryse Hiltz font partie des premières femmes pilotes à faire carrière dans l'armée lors de la deuxième guerre mondiale. Faute de moyens et d’organisation, leur instruction se fait alors à l’école des A.T.S. [38], personnels féminins de l’armée de terre britannique. Le 16 décembre 1943, face à l’importance de cette mobilisation spontanée, Maurice Schumann déclare à la B.B.C. : "dans la dernière guerre (1914-1918), la femme a donné des centaines d’héroïnes à la liberté, pour la première fois dans cette guerre, elle lui a donné des centaines de milliers de combattantes" [39]. Certes, elles ne sont pas des centaines de milliers, comme l’affirme le porte-parole de la Résistance extérieure, mais elles sont suffisamment nombreuses pour être mentionnées. Dès lors, toutes les composantes de l’armée française ouvrent peu à peu leurs portes aux femmes, mais c’est l’armée de terre qui en compte le plus dans ses rangs [40]. Ainsi, entre 1941 et 1944, les auxiliaires féminines de l’armée de terre, les sections féminines de la flotte, les infirmières parachutistes secouristes [41] et les "filles de l’air" [42], voient leur existence officiellement reconnue et leur statut définitivement fixé par les textes officiels de Londres puis d'Alger. 

Pourtant, certains auteurs pensent encore aujourd’hui que les femmes "n’ont véritablement rejoint les forces françaises dans les corps auxiliaires (A.F.A.T.) qu’à la fin de la seconde guerre mondiale" [43]. Cette présence féminine dans le bastion masculin de l’armée est, certes marginale à cette époque, mais elle est néanmoins visible et ce dès 1940. Pendant toute la deuxième guerre mondiale, elles sont entre treize et quatorze mille à s’être engagées dans les A.F.A.T., ce qui ne représente guère plus de 2 à 3 % de l’armée nouvelle à la fin de la guerre [44]. Même si la loi du 11 juillet 1938 prévoyait une mobilisation féminine en cas de conflit, il est clair que les autorités ont été prises de court face à cet engagement féminin, sans précédent. Aucune structure officielle n’existe en 1940 pour accueillir et former ces volontaires, car toutes ces femmes qui se sont engagées dans les F.F.L. n’ont pas été mobilisées. Contrairement aux militaires masculins, elles n’ont pas répondu à un ordre de mobilisation générale. Ce phénomène peut en partie expliquer pourquoi leur statut est vague, leur rôle peu ou pas défini [45]. Quant à leur appellation, elle est tout aussi peu claire [46]. Cela contribue encore plus à marginaliser ces femmes. 

Quoi qu’il en soit, elles sont plusieurs milliers à s’être engagées dans les F.F.L. à partir de 1940 [47]. Ce n’est qu’après cette mobilisation volontaire sans précédent que, peu à peu, la France Libre en appelle aux femmes [48] et nombreuses sont celles qui participent aux débarquements en Normandie, en Provence, en Afrique du Nord, à la libération des camps, à la campagne d’Italie ou encore à la libération de Paris. Même si on assiste à la fin de la guerre à une démobilisation massive [49] des femmes, entre 1945 et 1946 elles sont peu à peu reconnues comme militaires, par le gouvernement et les autorités. Telle est la différence fondamentale entre la mobilisation féminine pendant la première guerre mondiale et celle de la deuxième guerre mondiale. En effet, dès la fin du premier conflit, un retour à "la normale" s’était rapidement engagé et les femmes réquisitionnées [50] ou mobilisées avaient retrouvé leur place et leurs activités "traditionnelles" dans la société. C’est pourquoi depuis quelques années, la thèse qui voit la Grande Guerre comme une "guerre émancipatrice" [51] pour les femmes est remise en question.

C’est l’année 1946 qui voit la reconnaissance officielle des P.F.A.T., F.F.A. [52] et S.F.F. comme formations militaires mais c’est le 15 octobre 1951 qu’une nouvelle étape est franchie avec l’adoption du décret "portant statut du personnel des cadres militaires féminins" [53]. A partir de cette date, les femmes militaires ont un statut, certes différent de celui des hommes [54], mais c’est la première fois qu’elles ne sont plus vues comme des personnels auxiliaires et qu’elles sont l’objet d’un texte législatif. Les raisons qui ont poussé les autorités à clarifier le statut de ces femmes soldats sont difficiles à cerner. Leur engagement dans les F.F.L. et l'Armée d'Afrique a sans doute joué un rôle, l’obtention du droit de vote en 1944 en a peut-être accéléré la décision, mais la guerre d’Indochine débutée en 1946 et dans laquelle l’armée française s’enlise peut elle aussi avoir eu une incidence. Toujours est-il qu’entre 1951 et 1968, en vertu de ce statut, les personnels féminins de toutes les armées [55] participent activement aux guerres d’Indochine (qui est à l’origine d’un renflouement considérable des effectifs féminins de l’Armée [56]) et d’Algérie, ainsi qu’à de nombreuses missions dans les D.O.M.-T.O.M. et à l’étranger ou tout simplement, en métropole. En 1968, un nouveau décret est voté, modifiant celui du 15 octobre 1951 [57]. La hiérarchie des personnels féminins est modifiée et, surtout, de plus grandes perspectives de carrière leur sont offertes [58].

Les années 1970 voient s’accélérer la féminisation de l’armée. Ce contexte est intéressant car il va de pair avec les manifestations des mouvements féministes français. Les féministes qui plaident pour une égalité totale des droits entre les hommes et les femmes se trouvent souvent divisés quand il est question de l’accès au monde militaire. En effet, cette contradiction vient de ce que les féministes sont traditionnellement anti-militaristes [59]. Cette revendication d’égalité totale, qui suppose donc une égalité face à l’engagement dans l’armée ou au service militaire obligatoire est loin d’être approuvée à l’unanimité par les féministes. Si les femmes engagées dans l’armée dans les années 1960-1970 sont aujourd’hui considérées comme des féministes ou des pionnières, elles ne se revendiquaient pas systématiquement comme telles à cette époque. 

Toujours en 1970, un service national féminin est ouvert aux volontaires [60] et l’ouverture aux femmes de la plus prestigieuse des écoles françaises est décidée. L’École Polytechnique, institution masculine par excellence – qui a alors pour vocation de former des officiers de très haut niveau scientifique [61], devient mixte et, en 1972, huit femmes sont reçues au concours, dont Anne Chopinet qui sort major de sa promotion. En 1973, elle est le porte-drapeau de l’École au défilé du 14 juillet. Toujours en 1972, la loi n° 72-662 du 13 juillet [62] est un acte majeur puisque c’est la première fois qu’une égalité complète entre les personnels féminins et masculins est clairement établie [63]. Même si certains emplois leur sont toujours fermés, une ébauche d’égalité statutaire apparaît, ce qui n’était jusqu’alors jamais envisagé et surtout pas envisageable. En application de cette loi, les femmes peuvent avoir accès à tous les grades de la hiérarchie militaire, y compris celui de général. En 1973, le corps des S.O.F.A.T. est créé [64]. S’il existe à Dieppe une école pour les P.F.A.T. depuis 1952, c’est le 1er avril 1973 qu’ouvre la première E.I.P.M.F. [65] à Caen. Enfin, le 30 octobre 1975 est votée la loi n° 75-1000, qui autorise l'accès des femmes aux emplois de sous-officiers des armes et qui crée des corps mixtes [66]. Cette loi fait l'objet de cinq décrets fondamentaux le 22 décembre 1975, qui suppriment définitivement les différences statutaires entre hommes et femmes dans tous les corps de l’armée. 

Entre 1970 et 1976, de nouveaux décrets et lois sont votés tous les ans, voire plusieurs fois par an. La mise en application de ces décrets s’échelonne jusqu’en 1976, année qui met définitivement fin au statut particulier des officiers féminins et qui voit disparaître des textes officiels le terme "féminin". Plusieurs auteurs [67] affirment que la féminisation de l’armée française est née dans les années 1970. En réalité, elle a commencé bien avant et c’est toute la seconde moitié du XXe siècle qui voit cette féminisation se poursuivre [68]. Ne prendre en compte que les années 1970 comme date de naissance de ce phénomène revient à oublier toutes les femmes qui se sont mobilisées comme des hommes pendant la deuxième guerre mondiale ou les guerres d’Indochine et d’Algérie. Ces trois conflits, au cœur de l’étude des processus de féminisation de l’armée française, sont souvent relégués aux chapitres "rappel historique" ou "contexte" des études consacrées à ce sujet, dont ils n’occupent pour ainsi dire qu’une infime partie [69], qui fait souvent office d’introduction.

Au cours des quarante dernières années, les femmes s’engagent plus facilement dans l’armée qu’auparavant. Mais cet engagement engendre inévitablement une exposition au danger, au feu, au front. S’il est de coutume de lire des noms d’hommes sur les monuments aux morts ou rendant hommage aux combattants français, la "Patrie reconnaissante" semble avoir "oublié" toutes celles qui se sont mobilisées comme leurs homologues masculins.

2. Aux femmes soldats, « la Patrie reconnaissante » ?

La mobilisation féminine pendant la deuxième guerre mondiale, dans les réseaux de résistance comme dans l’armée, est à l’origine d’une reconnaissance progressive de la place des femmes dans le fait militaire. Pourtant, le devoir de mémoire auquel s’attache notre pays depuis la fin de la deuxième guerre mondiale n’est que partiellement accompli. Comme le souligne très justement Luc Capdevila : "Six Compagnes de la Libération seulement sur 1.059 Compagnons, 10 % de femmes parmi les médaillés de la Résistance ou les détenteurs de la carte de combattant volontaire. Tout montre la difficulté pour les femmes de mettre leur action au premier plan. Néanmoins, malgré le décalage de ces récits postérieurs, on ne peut les exclure de l’analyse. Ils sont la mémoire de femmes qui, minoritaires, ont alors décidé d’un engagement qui n’était pas celui qu’on attendait d’elles" [70]

Cette mémoire collective est essentiellement une "mémoire masculine" [71]. Et soixante ans après la fin du conflit, les commémorations du débarquement, de la libération de Paris et de celle des camps se multiplient, sans qu'aucune ne rende hommage à ces femmes en uniforme qui se sont battues aux côtés des hommes, parfois armées et en première ligne, exposées aux mêmes risques que leurs homologues masculins. Ces femmes militaires peu considérées par leurs contemporains aux lendemains de la guerre sont pourtant les pionnières de la féminisation de l’armée française. Seules les femmes entre elles semblent se rendre hommage. C’est ainsi que la revue Bellone, parue de 1948 à 1967, écrite par et pour des femmes militaires est la seule à cette époque à régulièrement honorer toutes celles qui sont "mortes au champ d’honneur" ou qui sont mobilisées loin de la métropole. Aujourd’hui en France, un seul monument aux morts de la deuxième guerre mondiale rend hommage aux infirmières : celui de la ville de Saintes. Aux Invalides, à Paris, une plaque honore dans leur globalité les F.F.F. [72].

Cet "oubli" repose principalement sur les préjugés et les idées reçues véhiculées par la société depuis des siècles. Pour l’opinion de l’époque, les femmes soldats sont avant tout des femmes, avec leur faiblesse naturelle, leur hystérie originelle, et leur incapacité à prendre des décisions rationnelles.

De plus, les superstitions et les préjugés sont toujours très vifs au sein de l’armée. Tout comme embarquer une femme sur un navire porte malheur, ce n’est pas sans crainte ni mises en garde que l’armée accepte les femmes pendant la deuxième guerre mondiale. Une soldate est avant tout une femme et cet engagement ne doit en aucun cas la dénaturer [73] ou la détourner de sa nature féminine faite de "douceur, dévouement maternel, abnégation ou discrétion" [74]. Les femmes qui s’engagent doivent répondre à un certain nombre de critères. C’est pourquoi elles doivent être célibataires, veuves ou divorcées, sans enfant à charge et âgées de dix-huit à quarante-cinq ans, afin de ne pas troubler l’équilibre familial déjà mis à mal en contexte de guerre. Elles sont surveillées de près car les autorités craignent que "la femme mobilisée" ne soit "amenée à compromettre sa dignité" [75] à cause de la promiscuité avec les hommes [76]. De plus, entre 1944 et 1945, les rumeurs vont bon train concernant ces "femmes-soldats" qui sont souvent vues comme des "femmes au service des soldats" [77]. En fait, l’image des prostituées du XIXe siècle suivant les troupes est encore très présente, malgré la mise en place générale des bordels militaires de campagne [78], entièrement organisés et financés par les autorités militaires. Plus généralement, à l’aube des années 1950, les femmes sont souvent vues comme des éléments perturbateurs pour l’institution " Armée" mais aussi pour "ses hommes" [79].

Pour une femme, vouloir être soldat, c’est vouloir la guerre et cela ne se peut, car toutes les femmes sont pacifistes de nature. Cette idée prédomine pendant toute la première moitié du XXe siècle. Aujourd’hui, certains spécialistes pensent encore que la guerre n’est pas l’affaire des femmes, voire que leur enrôlement engendre un déclin inéluctable de l’armée : "c’est le déclin de l’organisation militaire qui a entraîné le recrutement des femmes, et le recrutement des femmes accélère le déclin de ces armées" [80]. D’autres vont même jusqu’à affirmer que les femmes ne se sentent que peu ou pas concernées par la guerre : "la guerre est la seule activité humaine vis-à-vis de laquelle les femmes, à d’infimes exceptions près, ont préféré toujours et partout garder leurs distances" [81]. Certes, mais c’est sans compter les oppositions fermes et intransigeantes des autorités qui ont toujours exclu les femmes de la sphère combattante. Il est en effet avéré [82] que si celle-ci leur avait été ouverte plus tôt, beaucoup plus nombreuses auraient été les militaires féminines, non pas parce que les femmes sont bellicistes ou militaristes, mais parce que comme les hommes, certaines aspirent à cet engagement, par vocation.

Face à de tels clichés et idées reçues, on comprend mieux pourquoi dans l’imaginaire collectif, la femme soldat laisse perplexe en France. Tombées dans l’oubli, celles qui se sont engagées dans la Résistance intérieure, dans les F.F.L. ou dans l'Armée d'Afrique, celles qui sont parties pour l’Indochine ou l’Algérie n’ont pas laissé de traces car elles ont été et sont encore aujourd’hui souvent mal considérées et parfois peu estimées. Elles sont dénigrées car finalement elles n’étaient que peu nombreuses et leur petit nombre ne vaut pas la peine de "parler d’elles" et des tâches soi-disant subalternes qu’elles accomplissaient.

Si cet intérêt pour les femmes militaires semble récent et controversé en France, il n’en est pas de même à l’étranger, principalement aux Etats-Unis [83]. Les universitaires anglophones qui ont été les précurseurs en matière de gender studies le sont tout autant en ce qui concerne l’armée et les femmes. Non seulement, cette différence se remarque d’un point de vue bibliographique, mais elle est tout aussi visible sur Internet avec l’un des plus importants moteurs de recherche. Alors que l’entrée "women soldiers" ne mène qu’à des études scientifiques, des bibliographies internationales, des statistiques ou des rapports sociologiques, l’entrée "femmes militaires" est associée dès la première page (outre à quelques sites en lien avec ce sujet) à des sites à caractère pornographique [84]. Le bilan est plus ou moins le même concernant les homosexualités dans l’armée. La recherche en anglais [85] sur Internet n’aboutit qu’à des sites documentés et riches en informations (non seulement sur l’état de la question, mais aussi sur la législation concernant les discriminations sexuelles, et sur la situation actuelle aux Etats-Unis). En français, l’expression "lesbiennes + armée" conduit à quelques sites informatifs tandis que "lesbiennes militaires" n’aboutit qu’à des sites à caractère pornographique. Ces résultats sont révélateurs des lacunes scientifiques et bibliographiques affichées par la recherche française sur ce sujet qui est pourtant inévitable dès qu’il s’agit de travailler sur les rapports sociaux de sexe au sein de l’armée française. 

Aujourd’hui, les préjugés ont encore la peau dure et certain(e)s pensent que "l’armée est truffée de lesbiennes" [86]. Si l’homosexualité féminine dans l’armée n’a jamais fait l’objet d’études scientifiques approfondies en France ces dernières années [87], elle est au cœur de ce sujet puisqu’elle fait partie des nombreux préjugés concernant les femmes soldats. Ainsi, il est fréquent d’entendre ou de lire, ici ou là, que si une femme s’engage dans l’armée, c’est, entre autres, parce qu’elle a des "problèmes" avec sa féminité ou avec les hommes en général !

Comprendre comment l’armée envisage les femmes permet de mieux cerner pourquoi elle fut tellement réticente à leur enrôlement. La deuxième guerre mondiale, la guerre d’Indochine puis celle d’Algérie occupent également une place très importante dans ce travail, car elles jalonnent ce processus de féminisation en contribuant à sortir de l’ombre ces femmes, mobilisées comme des hommes. Ces conflits, au cours desquels le nombre de femmes mobilisées n’a cessé de croître, ont eu une influence considérable sur leur place au sein de l’armée pendant les guerres mais aussi après. En effet, depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, l’armée est devenue une institution mixte, dans laquelle les femmes, bien que minoritaires dans la masse masculine, sont présentes et surtout visibles [88]. Cette féminisation a contraint les autorités à une mixité des lois et des règlements internes de l’armée, "problèmes" qui ne s’étaient jusqu’alors jamais posés. 

La féminisation de l’armée – perçue ou vécue par certains comme une intrusion ou une invasion du féminin – est à l’origine de nouveaux rapports sociaux de sexe qui ne s’étaient jusque-là jamais manifestés.


Notes : 

1 - Sylvie Steinberg, "Le mythe des amazones et son utilisation politique de la Renaissance à la Fronde", in Kathleen Wilson-Chevalier et Éliane Viennot (dir.), Royaume de Fémynie. Pouvoir, contraintes, espaces de liberté des femmes, de la Renaissance à la Fronde, Paris, Honoré Champion, 1999, 304 pages, cité dans Luc Capdevila et Dominique Godineau, "Éditorial", Clio Histoire Femmes et Sociétés, Armées, n° 20, 2004, page 14. Sophie Cassagnes-Brouquet, "Penthésilée, reine des Amazones et Preuse, une image de la femme guerrière à la fin du Moyen-Âge", idem, pages 169-180. "La légende des Neuf Preuses", in L’Histoire, n° 274, mars 2003, pages 20-21, et "Les Neuf Preuses, l’invention d’un nouveau thème iconographique dans le contexte de la guerre de Cent ans", in Luc Capdevila, Sophie Cassagnes, Martine Cocaud, Dominique Godineau, François Rouquet, Jacqueline Sainclivier (dir.), Le Genre face aux Mutations. Masculin, Féminin, du Moyen Âge à nos Jours, Paris, Presses Universitaires de Rennes, 2003, pages 279-291. Paul Faure, "Les Amazones ont-elles vraiment existé ?", in L’Histoire, n° 139, décembre 1990, pages 18-23. 

2 - Évoquées pour la première fois dans l’œuvre d’Homère au VIIIe siècle avant J.-C. Michelle Zancarini-Fournel (coord.), Les Mots de l’Histoire des Femmes, Toulouse, Presses Universitaires du Mirail, 2004, pages 7-8.

3 - Elles ont d’ailleurs laissé leur nom au fleuve Amazone. La connotation péjorative est toujours valable, puisque certains dictionnaires contemporains comme Le Dictionnaire Hachette, Édition 2004, Paris, Hachette, 2003, page 52, donnent comme définition familière du terme "amazone" : "prostituée qui racole en voiture".

4 - Ancien nom du Bénin. Ce royaume était gouverné par le roi Agadja qui est à l’origine de ces régiments d’amazones au XVIIIe siècle. Leur effectif permanent était de 1.600 femmes. Voir sur ce sujet : Hélène Almedia-Topor, Les Amazones, une Armée de Femmes dans l’Afrique précoloniale, Paris, Éditions Rochevigne, 1984, 188 pages et "Les amazones du Dahomey", in L’Histoire, n° 109, mars 1988, pages 20-26.

5 - Daniel Loriot, Guy Friedmann, Leïla Benkara, "Métiers de la Défense, le choix des femmes", in Les Documents du Centre d’Études en Sciences Sociales de la Défense, n° 43, novembre 2001, page 10.

6 - Michelle Zancarini-Fournel, op. cit., page 8.

7 - Katia Sorin, Femmes en Armes, une Place introuvable ? Le Cas de la Féminisation de l’Armée française, Thèse de doctorat en Sociologie sous la direction de François Gresle, Université de Paris I, février 2002, page 84.

8 - S.H.A.T., Y1, archives collectives et individuelles du personnel : femmes militaires et cantinières 1791-1900.

9 - Selon le décret de la Convention du 30 avril 1793. Gabrielle Houbre, Grandeur et Décadence de Marie-Isabelle, Modiste, Dresseuses de Chevaux, Femme d’Affaires, etc., Paris, Perrin, 2003, page 7.

10 - Danièle Déon-Bessière, Les Femmes et la Légion d’Honneur depuis sa Création, Paris, Éditions de l’Officine, 2002, page 35 et Odile Roynette, "La construction du masculin de la fin du XIXe siècle aux années 1930", in Vingtième Siècle, n° 75, juillet-septembre 2002, page 87.

11 - Odile Roynette, op. cit., page 88.

12 - Françoise Thébaud, La Femme au Temps de la Guerre de 14, Paris, Stock, 1986, pages 47-48.

13 - Katia Sorin, op. cit.., page 84. Les rares infirmières "salariées" du service de santé militaire sont en fait les premiers personnels féminins de l’histoire de l’armée. Elles sont entièrement "militarisées".

14 - Instaurée en 1798.

15 - Voir sur ce sujet Odile Roynette, "Bons pour le Service". L’Expérience de la Caserne en France à la Fin du XIXe siècle, Paris, Belin, 2000, 458 page. Ce livre tiré de la thèse de l’auteur contribue à l’histoire de la formation des identités de genre masculin par le biais d’une histoire sociale de l’armée.

16 - Michelle Zancarini-Fournel, op. cit., page 10.

17 - "Virilisation" et "femmes" sont antinomiques puisque la virilisation est un processus modifiant le genre féminin en y intégrant des éléments traditionnellement masculins (comme le sport ou l’exercice de certains métiers). Michelle Zancarini-Fournel, op. cit., pages 108-109.

18 - Sur les femmes pendant la Révolution française, voir Dominique Godineau, Citoyennes Tricoteuses : les Femmes du Peuple à Paris pendant la Révolution Française, Paris, Perrin, 2004 (1988), 416 page. Les Femmes dans la Société française, 16e - 18e Siècle, Paris, Armand Colin, 2003, 253 page. "De la guerrière à la citoyenne. Porter les armes pendant l’Ancien régime et la Révolution Française", Clio., op. cit., pages 43-69.

19 - Luc Capdevila, "L’identité masculine et les fatigues de la guerre", in Vingtième Siècle, op. cit., page 98.

20 - André Rauch, "Tu seras un homme, mon fils !", in L’Histoire, n° 297, avril 2005, pages 34 et 37.

21 - Luc Capdevila et Dominique Godineau, "Éditorial", op. cit., page 6.

22 - Odile Roynette, "La construction...", op. cit., page 88.

23 - Ed. de La Barre Duparcq, page 304.

24 - Michelle Zancarini-Fournel, op. cit., page 108.

25 - Madeleine Pelletier, Une Vie nouvelle, Paris, E. Figuière, 1932, page 100.

26 - Madeleine Pelletier, "La femme soldat", in La Suffragiste, octobre 1908.

27 - Françoise Thébaud, "La Grande Guerre, le triomphe de la division sexuelle", in Françoise Thébaud (dir.), Histoire des Femmes en Occident, tome 5 : Le XXe Siècle, Paris, Perrin, 2002, pages 85-144.

28 - Michelle Zancarini-Fournel, op. cit., page 8.

29 - Loi du 11 juillet 1938 portant sur l’organisation générale de la nation pour le temps de guerre, in Journal Officiel de la République Française, 13 juillet 1938, page 8330.

30 - Luc Capdevila, "La mobilisation...", op. cit., page 59.

31 - Section sanitaire automobile.

32 - Notamment en Finlande. Sur ce sujet, voir Frédéric Pineau, La Section Sanitaire automobile féminine : 1939-1941, mémoire de maîtrise en Histoire, sous la direction de Gabrielle Houbre, Université Paris VII – Denis Diderot, 2001, 196 page + annexes, ou encore Gisèle d’Assailly, S.S.A. Journal d’une Conductrice de la Section Sanitaire Automobile, Paris, Julliard, 1943, 377 pages, qui est l’un des rares témoignages sur ce sujet.

33 - Date à laquelle le gouvernement décrète la mobilisation générale. 

34 - Le 20 novembre 1942 est créé le Corps Féminin des Transmissions (C.F.T.) par le général Merlin, commandant les transmissions des forces terrestres et aériennes en A.F.N. Lucien Merlin (général), Les Femmes dans l’Arme des Transmissions, Alger, Imprimerie Imbert, 1947, page 21. Voir aussi, Paul Gaujac (colonel), "Des corps féminins aux A.F.A.T., Afrique du Nord, 1943-1944", in Guerres mondiales et Conflits contemporains, n° 198, juin 2000, pages 109-122.

35 - Entretien téléphonique avec Janine Hoctin-Boulanger, le 10 février 2005.

36 - Forces françaises libres.

37 - Christian Benoit (Lieutenant-colonel), "Des femmes dans l’armée de terre", Revue Historique des Armées, n° 3, 1994, page 40. Hélène Terré prend le commandement des A.F.A.T. le 1er novembre 1941 à la mort de Simone Matthieu.

38 - Auxiliary territorial service.

39 - Luc Capdevila, "La mobilisation...", op. cit., page 67.

40 - Idem, page 65.

41 - A.F.A.T., S.F.F. et I.P.S.A.

42 - Surnom donné aux premières femmes engagées dans l’Armée de l’Air.

43 - Daniel Loriot, Guy Friedmann et Leïla Benkara, "Métiers de la Défense...", op. cit., page 11.

44 - Luc Capdevila, op. cit?, page 57.

45 - Dans les premiers temps de la guerre, elles sont recrutées pour remplacer les hommes dans les emplois qui peuvent être tenus par des femmes.

46 - Ainsi, les autorités parlent aussi bien d’A.F.A.T. (arme ou auxiliaire féminine de l’armée de terre) que de C.V.F. (corps des volontaires féminines ou françaises) ou encore de Volontaires françaises, même s’il existe des actes de naissances officiels pour ces termes. D’ailleurs, le terme d’A.F.A.T. perdure bien après l’adoption de celui de P.F.A.T. le 1er février 1946. Quant aux "Marinettes", elles font partie des S.F.F. (sections ou services féminin(e)s de la flotte).

47 - 6.600 femmes s’engagent en 1940 selon Joseph Muller, L’Amour des Dames pour la France, Issy-les-Moulineaux, Muller Éditions, 2004, page 67.

48 - A.N. 435 AP : fonds Yvette Lebas-Guyot : affiches et cartes appelant les Françaises à s’engager dans la Marine. B.M.D. : fonds iconographique de la deuxième guerre mondiale : affiches invitant à l’engagement chez les A.F.A.T.

49 - Les effectifs féminins de l’armée de terre passent de plus de 10.000 à 3.800 à la fin de la guerre. Ceux de l’armée de l’air, passent de 6.000 à 500 et ceux de la Marine de 1.100 à 700 puis 125. Katia Sorin, op. cit.,pages 87-88.

50 - Telles les "munitionettes", ou toutes celles qui remplacent leurs époux partis au front dans l’artisanat, le commerce, l’agriculture, etc.

51 - Françoise Thébaud, "Penser la guerre à partir des femmes et du genre : l’exemple de la Grande Guerre", in Astérion, n° 2, juillet 2004, page 182.

52 - Forces féminines de l’air.

53 - Décret n° 51-1197 du 15 octobre 1951, portant statut du personnel des cadres militaires féminins, in Journal Officiel de la République Française, 15 et 16 octobre 1951, pages 10433-10436.

54 - Les femmes n’ont pas de grade comme les hommes mais elles sont classées selon des catégories et un bon nombre d’emplois de l’armée leurs restent fermés.

55 - Terre, Air, Mer, Santé.

56 - Elles sont en moyenne 9.000 en Indochine. S.H.A.T. 10 H 506 à 508 : archives de l’Indochine. 1867-1956 : effectifs réalisés (1946-1956). États des effectifs réalisés. 

57 - Décret n° 68-1014 du 14 novembre 1968, modifiant le décret n° 51-1197 du 15 octobre 1951, portant statut du personnel des cadres militaires féminins, in Journal Officiel de la République Française, 22 novembre 1968, page 10961.

58 - Odile Ducret-Schaeffer, op. cit., page 16.

59 - Geneviève Fraisse, "Déserter la guerre : une idée de Madeleine Vernet", in Geneviève Fraisse, Les Femmes et leur Histoire, Paris, Gallimard, 1998, pages 453-503, citée dans Daniel Loriot, Guy Friedmann, Leïla Benkara, op. cit., page 11.

60 - Odile Ducret-Scaeffer, op. cit., page 16.

61 - Idem, page 17.

62 - C’est le décret n° 73-339 du 23 mars 1973 portant statut particulier des corps féminins des armées qui permet l’application de cette loi : Journal Officiel de la République Française, 25 mars 1973, page 3259.

63 - Loi n° 72-662 du 13 juillet 1972, portant statut général des militaires, in Journal Officiel de la République Française, 14 juillet 1972, page 7430.

64 - Sous-officiers féminins de l’armée de terre.

65 - École interarmées du personnel militaire féminin.

66 - Loi n° 75-1000 du 30 octobre 1975, modifiant la loi du 13 juillet 1972, portant statut général des militaires et édictant les dispositions concernant les militaires de carrière ou servant en vertu d’un contrat, in Journal Officiel de la République Française, 31 octobre 1975, page 11227.

67 - Emmanuel Reynaud et Katia Sorin fondent leurs recherches sur une féminisation de l’armée qui aurait débutée il y a "une quarantaine d’années" : Katia Sorin, op. cit. page 10.

68 - Luc Capdevila, François Rouquet, Fabrice Virgili et Danièle Voldman, op. cit., page 291.

69 - C’est le cas des titres suivants, qui sont parmi les premiers à avoir traité cette question : Raymond Caire, La Femme militaire des Origines à nos Jours, Paris, Lavauzelle, 1981, 361 page ; Katia Sorin, Femmes en Armes, une Place introuvable ?, Paris, L’Harmattan, 2003, 239 page ; Emmanuel Reynaud, Les Femmes, la Violence et l’Armée, Essai sur la Féminisation des Armées, Paris, F.E.D.N., 1988, 207 page ; Daniel Loriot, Guy Friedmann, Leïla Benkara, op. cit. ; Catherine Bertrand, "L’École interarmées du Personnel militaire féminin », in Revue Historique des Armées, n° 1, 1996, pages 123-128 ; Caire Raymond (dir.), "Femmes militaires", in Armées d’Aujourd’hui, n° 91, juin 1984, pages 27-45.

70 - Luc Capdevila, François Rouquet, Fabrice Virgili et Danièle Voldman, Hommes et Femmes dans la France en Guerre (1914-1945), Paris, Payot, 2003, page 277 ; Luc Capdevila et Fabrice Virgili, Guerre, Femmes et Nation en France (1939-1945) : http://www.ihtpagecnrs.fr/publications/guerre_femmes_FV_LC.html

71 - Luc Capdevila, "Le mythe du guerrier et la construction sociale d’un "éternel masculin" après la guerre", in Revue française de Psychanalyse, « Le Masculin », n° 2, 1998, page 616.

72 - Forces féminines françaises.

73 - Luc Capdevila, "La mobilisation des femmes dans la France combattante (1940-1945)", in Clio Histoire Femmes et Sociétés, Le Genre de la Nation », n° 12, 2000, page 73.

74 - Gabrielle Houbre, op. cit., pages 11-12.

75 - S.H.A.T. 7 P 73 : archives de la guerre. Vichy – Londres – Alger – Paris. 1940-1946 : organisation des formations féminines.

76 - Le sigle "P.F.A.T." a longtemps été employé de manière péjorative, et eu une connotation sexuelle : Katia Sorin, op. cit., page 87.

77 - Luc Capdevila, "La mobilisation...", op. cit., pages 72-74.

78 - B.M.C.

79 - Katia Sorin, op. cit., page 16.

80 - Martin Van Creveld, op. cit., 4e de couverture.

81 - John Keegan,  Histoire de la Guerre, du Néolithique à la Guerre du Golfe, Paris, Dagorno, 1996, page 108.

82 - Nombreux sont les témoignages, les enquêtes et les études sur le sujet qui permettent une telle affirmation.

83 - Friedl Viki L. (dir.), Women in the United States Military, 1901-1995 : A Research Guide and Annotated Bibliography (Research Guides in Military Studies), Westport, Greenwood Press, 1996, 272 page. Ce guide prétend recenser tous les travaux, quels qu’ils soient sur la question. Il répertorie 857 références, dont la plupart ont été publiées au cours des vingt dernières années. Il est organisé en chapitres thématiques. Il est sans équivalent en France.

84 - Résultat constaté au mois de mai 2005.

85 - "Lesbians + army" ou encore "lesbians + military".

86 - Réflexions très fréquemment entendues au cours de cette recherche. Publiées dans les années 1950, deux thèses médicales consacrées aux psychopathologies féminines dans l’armée classent le lesbianisme dans les pathologies graves qui rongent l’armée et qu’elle doit "éliminer" : "à côté de ce type de malades foncièrement pervers, il existe de petites déséquilibrées qui sont devenues des lesbiennes comme des enfants deviennent homosexuels. Cependant, elles n’ont pas de tendance au prosélytisme. A côté des perverses actives, les perverses passives apparaissent faibles et facilement entraînables, ce sont elles qu’ira rechercher la malade pour les initier à son culte. On conçoit quel peut être le danger de tels sujets dans un milieu aussi fermé. (...) Il est donc absolument indispensable de savoir reconnaître les lesbiennes perverses qui doivent être éliminées de façon absolue"., in Yvonne-Hélène Taillefer, Essai de Psycho-Pathologie féminine dans l’Armée, Paris, Imprimerie Maurice Lavergne, 1947, 144 pages, Jacques SARRAZ-BONNET, Contribution à l’Etude de la Psychopathologie dans le Personnel féminin de l’Armée, Paris, Imprimerie R. Foulon, 1953, 80 pages. Ces deux auteurs pensent aussi que c’est parce qu’elle sont lesbiennes que certaines femmes s’engagent dans l’armée.

87 - Il en va de même pour l’homosexualité masculine.

88 - Notamment lors des commémorations et cérémonies officielles. De plus, les grands journaux français comme Paris-Match, Le Figaro ou encore France-Soir contribuent à faire connaître au grand public et à la société française en général, ces femmes que seuls leurs homologues masculins avaient jusqu’alors "croisées".


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