Femmes sous l'uniforme
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La Marquise au Canada...

Par le lieutenant-colonel Olivier Sastre
Chef de corps du 1er régiment de chasseurs d'Afrique



Dans son article (voir cet article), le capitaine Josse prétend, avec raison, que la Marquise était chantée au 12e Régiment de Chasseurs. Eh bien, c'est précisément par le biais de ce régiment qu'elle a franchi l'Atlantique avec tout son équipage de chasse. Voici comment.

Au début des années soixante-dix, le 12e régiment de Chasseurs en garnison dans les Ardennes, à Sedan, s'est jumelé avec un régiment canadien : le 12e Régiment Blindé du Canada ( 12e R.B.C.), stationné sur la base militaire de Valcartier, près de Québec. Concrètement, ce jumelage se traduisait par un échange d'officiers entre les deux régiments et par des visites régulières de délégations. Ainsi, un lieutenant canadien du 12e Blindé était-il intégré comme chef de peloton au sein d'un escadron du 12e Chasseurs, tandis qu'un lieutenant français faisait
de même sur les rives du Saint-Laurent ; le séjour durait deux ans. 

Les délégations d'officiers, sous-officiers et soldats s'échangeaient une fois l'an et prenaient part à des exercices tactiques, effectuaient des visites culturelles, étaient reçues dans la communauté locale, etc. 

La camaraderie militaire, la sympathie mutuelle, la francophonie partagée créaient bien vite de bons moments et donnaient lieu à de joyeuses agapes. Entre poire et fromage, bien des histoires et des chants de marche, de tradition ou de popote ont été échangés entre les deux formations.

C'est dans ces circonstances que la Marquise a été entendue par la délégation du 12e RBC, qui l'a à son tout apprise, fredonnée, entonnée et pour finir ramenée dans les Laurentides.

Et c'est ainsi que la Marquise et ses quatre-vingts chasseurs ont fait souche dans ce régiment Canadien. 

Depuis, hélas, le 12e régiment de Chasseurs a été dissous.

Au début des années 1990 lorsque, jeune lieutenant, j'ai moi même été désigné pour prendre le poste d'officier d'échange au Canada, la Marquise était toujours fidèlement chantée dans les "Mess dinner" ou en popote. Rebaptisée "Les deux Douzième" en hommage à l'homonymie de chiffre des deux unités, elle ne différait de la version originale que dans le refrain que voici :

Au rendez-vous de la Marquise,
il y avait les deux Douzième :
le douzième, le douzième, le douzième, le douzième, le douzième Chasseurs,
(le régiment français)
le douzième, le douzième, le douzième, le douzième, le douzième Blindé, ( le régiment canadien)
Et qui n'avaient pas peur!

D'autres femmes françaises ont bénéficié du même voyage: La Madelon, l'accorte servante des Tourlourous, mais également l'Impératrice Eugénie. Chantée au 12e Chasseurs pour terminer les repas en souvenir de l'expédition du Mexique (Eugénie les larmes aux yeux, nous venons te dire adieu...) ce chant a les mêmes fonctions au douzième régiment blindé du Canada et clôture les dîners régimentaires.

Mais le 12e R.B.C. n'avait pas attendu ce renfort pour offrir aux femmes une place de choix. Il possède en effet, deux marches de tradition, l'une rapide, l'autre lente. La marche rapide vient d'un chant populaire français : "Marianne s'en va-t-au moulin" . Les épouses des cadres du régiment, en formant un club amical, l'ont baptisé d'ailleurs "les Mariannes" . La marche lente provient quant à elle d'une chanson de Gilles Vigneault, "Quand vous mourrez de nos amours".

La devise du Canada, Ad mari usque ad mare (d'un océan à l'autre) offre bien des espoirs : la Marquise se baignera peut-être bientôt aux rives de l'océan Pacifique, qui sait ?


© Anovi - 2006