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Femmes sous
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Solange CUVILLIER Par Éric Labayle Solange Cuvillier est née le 17 novembre 1921 à Oran, dans une famille plutôt caractéristique des milieux "européens" d'Algérie. Son père, Louis-Marie Cuvillier, est originaire des Antilles (né à la Guadeloupe, ses parents sont de la Martinique). Il exerce la profession d'ingénieur géomètre et dirige alors le service topographique de Casablanca. Sa mère, Conception Montesinos, est issue de l'immigration espagnole récente (son père venu d'Espagne avait servi dans les Zouaves avant de s'établir en A.F.N. comme négociant de cuirs et peaux). Les parents de Solange divorcent alors qu'elle n'est âgée que de 4 ans. C'est donc dans sa famille maternelle qu'elle passe le reste de son enfance. Cette période heureuse, malgré la séparation, est marquée par la découverte progressive de l'œuvre coloniale du maréchal Lyautey. En effet, depuis sa plus tendre enfance, Solange Cuvillier vit au Maroc, au gré des déménagements de sa mère : Rabat, de 1921 à 1929, puis Meknès, de 1929 à 1932, puis à nouveau Rabat (1932-1940) et enfin Casablanca, où elle se trouve lors du débarquement américain du 8 novembre 1942. De cette enfance marocaine, elle tire une profonde admiration pour Lyautey et pour son action. Sans être brillante, la jeune fille se montre douée pour les études. Vivant dans un milieu cosmopolite, elle est sensible aux langues, que ce soit le français, l'espagnol ou l'arabe, pour lequel elle suit des cours à l'Institut des Hautes Études Marocaines, à Rabat. Affectionnant également la musique, elle joue du piano et fréquente le Conservatoire de Rabat. Comme pour beaucoup de jeunes filles de sa génération, la déclaration de guerre de 1939 perturbe ses études. En fait, c'est toute sa vie qui en sera bouleversée. Voulant servir "comme un homme", elle s'engage dans la Croix Rouge et quitte le milieu plus ou moins protégé dans lequel elle évoluait jusqu'alors. C'est à présent le dur apprentissage des réalités de la guerre et de la vie, le contact avec la souffrance. Après un stage dans un dispensaire musulman pour enfants, elle est affectée comme aide-soignante à l'hôpital Marie Feuillet de Rabat. La défaite de mai-juin 1940 (ironie du sort : le 10 mai est le jour de la Sainte Solange...) met un terme à ce premier engagement. Alors que sa mère est mutée aux Ponts et Chaussées à Casablanca, Solange Cuvillier trouve un emploi aux services municipaux de la ville. Elle y reste jusqu'au débarquement de novembre 1942. L'irruption des Alliés en Afrique du Nord relance l'armée française dans la lutte. Les jeunes "européens" d'A.F.N. s'engagent en nombre. Le réarmement des troupes est amorcé. L'Armée d'Afrique se prépare toute entière à la reprise du combat (son 19e C.A. se bat déjà en Tunisie où, avec des moyens désuets, il obtient de brillants résultats, face à l'Afrika Korps). Solange Cuvillier s'inscrit en décembre 1942 à un stage d'ambulancières. Le 23 mars suivant, elle signe son engagement volontaire dans l'armée, au titre du 32e Train, de Casablanca. Après quelques semaines, toujours désireuse de servir activement, elle se fait affecter à la S.A.N.A. (Section Automobile Nord-Africaine) d'Alger. Cette unité qui s'est illustrée dès 1940, vient d'assurer de périlleuses missions d'évacuation des blessés sur le front tunisien. Mais c'est au sein de la 531e Compagnie Sanitaire, rattachée au 27e escadron du Train, que la jeune femme embarque pour l'Italie le 20 novembre 1943, à Bizerte, sur le Landing Ship Transport "Betty Zane". Le débarquement à Bagnoli, le 22 novembre, se fait sous un bombardement allemand qui laisse présager d'une campagne terrible... C'est le 8 décembre que les ambulancières de la 531e C.S. connaissent leur baptême du feu. Elles suivent désormais le destin du C.E.F.I. du général Juin : combats féroces dans un terrain montagneux, rendu encore plus inhospitalier par un hiver 1943-44 très rude. Les trajets sur les routes des Abruzzes, sinueuses, défoncées et boueuses sont d'autant plus dangereux que les obus n'épargnent personne... Lors des combats du mont Cassin, les conductrices se retrouvent même impliquées dans un combat de chars... Après la prise de Sienne, Solange Cuvillier et ses camarades sont dirigées sur une "area" de départ, en vue d'une nouvelle campagne. Le 19 septembre 1944, elles embarquent à Naples sur le navire-hôpital américain "John Clay". Deux jours plus tard, elles débarquent à Sainte-Maxime. Après une courte période passée sur le front des Alpes (dans la région de Barcelonnette), la 4e D.M.M. et ses ambulancières est dirigée sur l'Alsace. Commence alors un hiver terrible. Le froid extrême oblige les conductrices à veiller à tour de rôle toutes les nuits sur les moteurs qu'il faut laisser tourner sans arrêt, sous peine de ne plus pouvoir les faire démarrer. Aux fatigues physiques du service s'ajoutent celles de la lutte contre le froid. Le 18 avril 1945, le 8e Bataillon Médical, auquel est affectée Solange Cuvillier depuis mars 1944, traverse le Rhin sur le pont de Kehl. Si la campagne d'Allemagne s'achève par la capitulation allemande (7 et 8 mai 1945), elle n'en est pas moins féroce et les ambulancières sont toujours à la peine et au danger, tout au long des 500 kilomètres parcourus par la Première Armée entre le Rhin et l'Autriche. De mai à septembre 1945, le 8e B.M. participe à l'occupation de la région d'Innsbruck. Il rentre en France le 12 septembre pour gagner Besançon, d'où il achemine ses derniers blessés sur Dijon. Solange Cuvillier, qui avait souscrit un engagement pour la durée de la guerre, quitte le 8e B.M. le 2 novembre 1945. Elle est rendue à la vie civile le 9 février 1946. Elle passe les six années qui suivent à se perfectionner dans la pratique de l'anglais (avec notamment en séjour linguistique en Angleterre) et à se soigner. La guerre lui a laissé des séquelles qui nécessitent des cures régulières en sanatorium. Le 31 janvier 1952, elle se rengage et retrouve l'uniforme. Le 4 avril suivant, elle est affectée à la Division Logistique du S.H.A.P.E. (grand état-major des forces alliées en Europe). Mais à la vie d'état-major, elle préfère l'action et se porte volontaire pour l'Indochine. Elle atterrit à Saigon le 25 décembre 1953, puis reçoit une affectation à la 15e compagnie de Q.G. Dès le 26, elle rejoint les F.T.C.V. (Forces Terrestres Centre Vietnam), où elle sert à l'état-major de Hué. Au moment des événements du Laos (à l'issue desquels l'Indochine est coupée en deux), elle part pour le camp retranché de Seno, au Moyen-Laos. Là, elle occupe l'emploi de Secrétaire du général Franchi, commandant le Groupement Opérationnel du Moyen-Laos (G.O.M.L.). Elle est tout spécialement chargée du service de presse et, dans cette fonction, crée un bulletin journalier qui est parachuté sur les unités isolées dans la jungle. De retour à l'état-major de Hué, Solange Cuvillier est désignée avec deux spécialistes du chiffre, pour participer à la conférence de Manille, aux côtés de l'ambassadeur Daridan (5-9 septembre 1954). Elle termine ensuite sa carrière en Indochine à Saigon, comme adjointe du colonel Carbonel, chef de la mission française auprès de la Mission d'Assistance Américaine du général O'Daniel. Elle est enfin rapatriée en France en mai 1955. En août suivant, elle retrouve le S.H.A.P.E., où elle travaille au 3e bureau, sous le commandement du général Allard. Contrainte de quitter cet emploi pour raisons de santé, elle est ensuite affectée à la division Information du S.H.A.P.E. Elle est détachée hors-cadres le 1er mai 1956, pour être affectée à la présidence du Conseil, au Bureau des Interventions, sous l'autorité directe du Premier Ministre et de son conseiller militaire, le général Grossin. Elle revient au S.H.A.P.E. en avril 1957, pour y prendre en charge la recherche de renseignements dans les documents d'écoute de la B.B.C. En octobre 1960, Solange Cuvillier quitte une nouvelle fois les états-majors européens pour rejoindre un théâtre d'opérations. Elle est alors affectée aux Affaires Algériennes de Frenda, dans le sud Oranais, où elle a la charge des affaires sociales de huit S.A.S. (Section Administrative Spécialisée). Quoique mal connu du grand public, le rôle des S.A.S. auprès de la population algérienne est alors considérable : promotion de la femme musulmane, formation accélérée d'aides-soignantes, assistance médicale gratuite, ravitaillement en médicaments sont quelques-unes des tâches du service de Solange Cuvillier. Mais les "événements" d'Algérie suivent leur cours et, après la dissolution des S.A.S., elle est affectée en juillet 1962 à l'état-major de la Rhegaia, près d'Alger, où elle met à profit son expérience du renseignement pour créer une section d'étude et d'analyse de la documentation dans la presse algérienne. Le retour définitif en métropole a lieu en janvier 1964. Mutée à l'Institut des Hautes Études de la Défense Nationale, Solange Cuvillier est chargée de l'analyse de documents en bibliothèque, emploi qu'elle doit bientôt abandonner pour raison de santé. Elle reçoit sa dernière affectation le 2 septembre 1964, à l'antenne de Villacoublay du Centre Interarmées d'Essais d'Engins Spéciaux. Le 1er février 1966, sur sa demande, elle est rayée des cadres de l'armée d'active. Ses prises de positions gaullistes lui ayant valu des inimitiés et des méfiances, sa carrière est bloquée. Après presque un quart de siècle de carrière militaire, le départ de l'armée, plus qu'une fin, est le commencement d'une vie nouvelle. Celle qui, jusqu'alors était restée célibataire, se marie le 6 février 1966 avec un ingénieur des Arts et Métiers, André Simon, dont elle adopte l'une des filles. Avec une parenthèse de 1978 à 1981, pendant laquelle elle suit son mari en Côte d'Ivoire, elle poursuit de nombreuses activités associatives, auprès de l'U.N.C. (comme secrétaire chargée des affaires sociales), de l'Association des Français à l'Étranger (dont elle est responsable de la section des Affaires Militaires d'Abidjan), des Médaillés Militaires (elle est vice-présidente de la 278e section, de Draguignan), de l'Association des Écrivains Combattants, de l'Amicale des Forces Féminines Françaises (dont elle est membre du bureau), de l'association des anciens du C.E.F.I., etc. ! Engagée également dans le domaine culturel, Solange Cuvillier-Simon participe à des actions pédagogiques avec le collège de Grasse, prononce des conférences et collabore avec la direction du musée militaire Lucien Roy, de Beure, où elle s'implique dans la création de deux salles consacrées aux femmes combattantes (inaugurées le 4 septembre 1994). Enfin, c'est en posant un regard lucide et désabusé, mais pas exempt d'humour, sur sa carrière exceptionnelle qu'elle rédige ses mémoires, publiés en 1991 sous le titre "Tribulations d'une Femme dans l'Armée française, ou le Patriotisme écorché". Les décorations de Solange Cuvillier-Simon :
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