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Femmes sous
l'uniforme |
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Marie
Angélique Josèphe DUCHEMIN, (20 janvier 1772 - 13 juillet 1859)
Ce nouveau décès ne conduit pourtant pas la veuve Brulon à rejoindre la vie civile. Elle reste sous l'uniforme et fait en Corse toutes les campagnes de la guerre, dite "de Liberté", jusqu'en 1798. Elle est successivement nommée caporal, caporal fourrier, puis sergent-major. Partout où elle combat, elle fait preuve d'une grande bravoure. Ses camarades en témoignent, lorsqu'ils établissent le certificat suivant, à l'issue de la défense du fort de Gesco, le 24 mai 1794 : "Nous soussignés, caporal et soldats du détachement du 42e régiment, en garnison à Calvi, certifions et attestons que, le 5 prairial an II, la citoyenne Marie Angélique Josèphe Duchemin, veuve Brulon, caporal fourrier, faisant fonction de sergent, nous commandait à l’affaire du fort de Gesco ; qu’elle s’est battue avec nous avec le courage d’une héroïne ; que les rebelles corses et les Anglais ayant chargé d’assaut, nous fûmes obligés de nous battre à l’arme blanche ; qu’elle a reçu un coup de sabre au bras droit et, un moment après, un coup de stylet au bras gauche, que nous voyant manquer de munitions, à minuit, elle partit, quoique blessée, pour Calvi, à une demi-lieue, où, par le zèle et le courage d’une vraie républicaine, elle fit lever et charger de munitions environ soixante femmes, qu’elle nous amena elle-même escortée de quatre hommes, ce qui nous mit à même de repousser l’ennemi et de conserver le fort, et qu’enfin nous n’avons qu’à nous louer de son commandement". Peu après ces combats, toujours en Corse, elle sauve la vie au capitaine de Vedel (plus tard général), pris à partie par une foule surexcitée et menaçante. Se précipitant au devant de l'officier, elle désarme un forcené qui s'apprêtait à le frapper. Au siège de Calvi ensuite, elle fait une nouvelle fois la preuve de son courage. Au cours d'une sortie, elle fait le coup de feu avec les tirailleurs, s’avançant au plus près de l’ennemi, dont balle traverse son bonnet de police. Quelques jours plus tard, toujours devant Calvi, elle est grièvement blessée à la jambe gauche par un éclat d’obus, alors qu'elle manœuvrait une pièce de canon dans un bastion dont la défense lui était confiée. Cette blessure lui cause une infirmité qui ne lui permet pas de rester sous les drapeaux. Le 24 frimaire an VII (14 décembre 1798) elle est la première femme à être admise à l’hôtel des Invalides de Paris. C'est là qu'elle passe les soixante et une dernières années de sa vie, entourée de l’estime de tous. En 1822, Louis XVIII tint à lui donner une récompense pour les services rendus, même si ceux-ci l'avaient été au cours des campagnes de la révolution honnie. Or, même si elle avait conservé l'ordre national de la Légion d'Honneur, la Restauration n'avait toujours pas résolu d'en ouvrir les rangs aux femmes. On accorda donc l’épaulette d’officier (avec le grade de lieutenant honoraire) à Angélique Duchemin, veuve Brulon, mais pas la croix de la Légion d'Honneur, pour laquelle elle avait pourtant été proposée dès 1804 (voir la lettre du maréchal Sérurier). Mais les moeurs évoluent. Sur le décret du 15 août 1851, son nom figure en tête d’une liste de soixante-dix chevaliers de la Légion d’Honneur nouvellement promus. Sa citation est ainsi libellée : "Brulon (Angélique-Marie-Josèphe), sous-lieutenant aux Invalides ; 7 ans de service ; 7 campagnes ; 3 blessures ; s’est plusieurs fois distinguée, notamment en Corse, en défendant un poste contre les Anglais le 5 prairial an II". En faisant ainsi d'elle la première femme de l'ordre national de la Légion d'Honneur, le Prince-Président Louis-Napoléon Bonaparte visait un double objectif : il s'attachait par ce geste symbolique la sympathie des Françaises à quelques mois de son coup d'État, mais il honorait aussi une "vétérante" de la Révolution et de l'Empire, dont il se voulait l'héritier direct. Quelques temps plus tard, la création de la médaille de Sainte-Hélène devait confirmer cette politique. Mais Angélique n'avait pas attendu son élévation au grade de chevalier pour devenir l'une des célébrités de l'hôtel des Invalides dont, rappelons-le, elle était la seule pensionnaire de sexe féminin. Tout personnage de marque venant visiter les glorieux invalides ou s'incliner devant les cendres de Napoléon Premier, dans la chapelle, ne manquait pas de se la faire présenter. C'est ainsi qu'entre autres, elle put s'entretenir avec la reine d’Espagne, en 1833, comme le rapporte le colonel Gérard. Le "lieutenant honoraire Duchemin" avait fait placer sur la porte de sa chambre des Invalides l'inscription suivante : "Mme veuve Brulon, officier". Elle portait l’uniforme de sous-lieutenant des vétérans, comme ses camarades de l'institution. C'est sur cet uniforme unique que Louis-Napoléon, qui s'était lui-même déplacé jusqu'à elle pour l'occasion, a épinglé de sa main la croix de chevalier. Angélique avait alors 79 ans. Après cette récompense qui la faisait entrer dans l'histoire de la Légion d'Honneur, la veuve Brulon a repris son existence paisible aux Invalides, où elle est morte le 13 juillet 1859. |
© Anovi - 2004