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Femmes sous
l'uniforme |
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Lucile GIRAULT Par Robert Ouvrard
La petite famille traverse la France sans encombre en direction de l'Italie - Turin, puis Alexandrie, où le couple loue un petit appartement: la vie d'un musicien d'état-major offre de ces agréments qui feraient pâlir d'envie un troupier, voire un officier subalterne. Hélas, cet environnement douillet n'est cependant pas suffisant pour préserver la santé de l'enfant, qui meurt de la petite vérole. Les Girault repartent. Ils font un séjour agréable à Vérone, puis gagnent Augsbourg, en Bavire, via le Tyrol qu'ils traversent sous la neige et sans s'arrêter un seul jour. A Halle, le cheval, prenant peur, renverse la carriole dans laquelle Mme Girault voyage présentement seule, bien qu'elle soit enceinte. Plus tard prés de Donauwörth, nouvelle chute, dans le Danube cette fois.. Un voltigeur sauve la naufragée qui s'est réfugiée sur le toit de la voiture. Averti de l'accident, Girault, très inquiet, accourt sur les lieux et trouve son épouse dorlotée par les militaires. Un peu éméchée aussi car, pour la échauffer, les soldats lui ont administré une boisson un peu forte. Le lendemain, ce courageux petit bout de femme repart pour Stettin où elle arrive le 13 juin 1807 ... juste à temps pour mettre au monde un beau bébé. Et dans cette ville où s'entassent douze mille soldats, les Girault, bien servis par le sort, ont la chance de pouvoir être logés seuls. Mais voilà: le lendemain, ordre est donné au régiment de faire route. Girault supplie son colonel pour qu'il lui permette de rester au chevet de sa femme. L'officier, qui n'est point mauvais homme, mais qui est sans-doute ce jour-là de méchante humeur, refuse. Girault réussit pourtant à attendrir l'épouse d'un personnage important dans les armes de l'Empire, le maître cordonnier. Cette femme accepte de veiller sur la mère et sur l'enfant. Rasséréné, Girault suit les troupes. Après la paix de Tilsitt, le devoir l'appelle en Poméranie suédoise où viennent de débuter les opérations du siège de Stralsund. Dès que la cité se rend, le musicien fait venir sa femme et l'installe avec lui chez une demoiselle célibataire. Ils restent là un mois avant de repartir pour Brême - où l'enfant est enfin baptisé - et le Danemark. Cette vie errante finit cependant par lasser le couple, et Girault, inquiet pour la santé de sa femme et celle de son petit garçon, s'ouvre de ses préoccupations au secrétaire de son colonel: "Pourquoi, lui dit ce dernier, n'emmenez-vous pas votre femme au camp et ne lui feriez-vous pas tenir cantine ? Vous ne seriez pas séparés et vous gagneriez de l'argent". Et, avec générosité, il propose à Girault de mettre de l'argent à sa disposition pour les premiers achats. Toute autre que Madame Girault, devant une proposition aussi farfelue, se fût récriée d'indignation. Mme Girault, elle, accepte, moins par emballement pour la fonction que pour avoir la certitude de n'être plus séparée de son musicien de mari. Avec l'argent prêté par le secrétaire, elle effectue les premiers achats destinés sa pratique, de quoi manger, beurre, fromage, et, surtout boire : vin, eau-de-vie, rhum, et bière. Et les affaires prospèrent ! Pour un peu, les Girault créeraient un comptoir. Mais ils doivent repartir. Destination : le Hanovre et la Westphalie où le roi Jérôme, peu soucieux de s'encombrer des vaillants mais turbulents troupiers de son frère, refuse de les recevoir dans sa ville de Cassel. Mme Girault est enceinte une nouvelle fois. Sagement, son mari décide de l'envoyer à Poitiers où, précise-t-il, elle fut bien reçue dans sa famille. Le 9 février 1807, elle met au monde un autre petit Girault qu'elle prénomme Philippe-Georges-Benjamin. Le musicien lui-même commence se lasser de cette errance sans fin, sinon sans but. La deuxième campagne d'Autriche, au cours de laquelle il aide à panser les blessés d'Essling et ceux de Wagram, marque la fin de sa carrière, ne disons pas de soldat, mais de musicien des armées, et en 1810, il décroche définitivement: il obtient un poste de maître de psalette la cathédrale de Poitiers. Dès lors, pour lui, la vie s'écoulera paisiblement jusqu' son terme, le 3 mars 1851. |
© Anovi - 2003