Femmes sous l'uniforme
Les biographies

 

Marie-Jeanne SCHELLINCK

(25 juillet 1757 - 1er septembre 1840)

Par Éric Labayle



Marie-Jeanne Schellinck est née à Gand le 25 juillet 1757. 

Conquise par les idées de la Révolution française et désireuse de participer à la libération de son pays de la domination autrichienne , elle profite des remous nationalistes pour entamer une carrière militaire. Ainsi, le 15 avril 1792, déguisée en homme et sous un pseudonyme, elle s'engage au 2e Bataillon Belge. Constituée de patriotes, cette unité se bat aux côtés des armées révolutionnaires françaises.

Soldat de valeur, Marie-Jeanne est nommée caporal dès le 15 juin 1792. Elle participe dès lors aux principales campagnes de la Révolution. 

A la bataille de Jemmapes (6 novembre 1792) où elle se bat contre la cavalerie autrichienne, elle est blessée de six coups de sabre. L'un d'eux, qui déchire son uniforme, lui traverse le sein droit. La supercherie ne peut plus durer. Une fois soignée, se pose alors la question de son maintien dans l'armée. Un instant menacée de devenir cantinière, elle est tout de même maintenue sous les drapeaux à titre exceptionnel (et sous son vrai nom désormais), en guise de reconnaissance pour le courage dont elle a fait preuve. Fin 1793, elle accède au grade de sergent. 

Affectée à l'armée d'Italie, le sergent Schellinck combat ensuite à Arcole, où son action lui vaut une citation à l'ordre de l'armée. 

Marie-Jeanne Schellinck est à nouveau blessée à la bataille d'Austerlitz. Le 9 juin 1806, fait exceptionnel pour une femme à l'époque, elle reçoit l'épaulette de sous-lieutenant. 

Poursuivant sa vie aventureuse, elle reçoit une nouvelle blessure le 14 octobre 1806, lors de la bataille d'Iéna. 

Elle n'est placée à la retraite que le 20 juin 1808, après 17 années de service et 12 campagnes ! Elle est alors âgée de 51 ans et souffre de ses nombreuses blessures. Ce retour à la vie civile s'accompagne de quelques honneurs. Le 20 juin 1808, Marie-Jeanne reçoit la croix de chevalier de la Légion d'Honneur à titre militaire, ce qui constitue un précédent dans l'histoire de l'ordre (Napoléon n'a personnellement décoré que deux femmes pendant son règne). En accrochant la prestigieuse décoration sur sa poitrine, l'Empereur aurait déclaré à son entourage : "Messieurs, inclinez-vous devant cette femme exceptionnelle. Elle est une des gloires de l'Empire". En outre, Marie-Jeanne Schellinck bénéficie d'une pension de 700 francs.

En 1811, profitant de son voyage à Gand en compagnie de l'impératrice Marie-Louise, Napoléon Premier lui témoigne à nouveau son estime. Marie-Louise lui offre une robe en soie, une broche et des boucles d'oreilles. 

Rendue définitivement à l'anonymat après la chute de l'Empire, Marie-Jeanne Schellinck meurt à Menin (près d'Ypres), le 1er septembre 1840. Elle était alors âgée de 83 ans. 

 


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