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Femmes sous
l'uniforme |
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Harriet TUBMAN (1821 – 1913) Par Agnès Granjon
Aux alentours de son treizième anniversaire, la plantation est mise en vente avec ses esclaves. Le nouveau propriétaire en confie la gestion au docteur Anthony Thomson, un prédicateur protestant qui se montre moins sévère que son prédécesseur. Très rapidement, la propriété change à nouveau de mains. Devenue la propriété de James Stewart, Harriet voit sa vie adoucie. Alors qu’elle est âgée d’une vingtaine d’années, son maître l’oblige à épouser un esclave affranchi, John Tubman. Cette union est un échec, et après plusieurs années au cours desquelles Harriet est constamment trompée, le divorce est prononcé. En 1849, à la suite de rumeurs sur la vente de la plantation qui mettent fin à ses espoirs d’affranchissement, Harriet décide de s’enfuir. Trois de ses frères, qui avaient décidé de l’accompagner décident finalement de renoncer. Elle part donc seule en direction du nord, sans guide, sans argent, se dirigeant grâce à l’étoile polaire. Avec l’aide de personnes charitables, elle atteint la frontière de la Pennsylvanie, État où l’esclavage a été aboli. Douée d’un sens aigu de l’organisation et d’une grande force physique ainsi que d’une volonté de fer, Harriet apporte alors rapidement son aide aux organisateurs de l’Underground Railway qui soutient les esclaves en fuite. Sous le pseudonyme de "Moïse", portée par une foi sans faille, elle effectue ainsi une quinzaine d'expéditions dans le Sud entre 1851 et 1858, au cours desquelles elle risque à chaque fois sa vie, car sa tête est mise à prix. Donnant ordres et conseils aux candidats à l’évasion, elle les guide avec une discipline de fer sur les chemins de la liberté. Elle n’hésite pas, à l’occasion, à menacer de mort les fugitifs tentés par l’abandon. Elle devient ainsi une véritable stratège de l’évasion. Surnommée "général Tubman" par l’un des chefs de l’Underground Railway, sa réputation se propage dans les milieux anti-esclavagistes et parmi la population noire du Sud. Lorsque la guerre civile éclate, Harriet s’engage du côté des armées de l’Union, en Caroline du Sud. D’abord simple ménagère, cuisinière et infirmière, elle est rapidement remarquée par le commandement, qui lui confie alors à plusieurs reprises le rôle d’éclaireur, voire des missions d’espionnage dans les rangs des Sudistes. Elle accomplit ces différentes tâches avec succès, ce qui lui vaut une appréciation élogieuse de son officier : "C’est une femme des plus remarquables qui n’a pas son pareil comme éclaireur. J’ai pu juger pendant plusieurs années son caractères et ses actes". La notoriété d’Harriet Tubman s’étend dans l’ensemble du territoire américain et même jusqu’en Angleterre. Un journaliste de la revue Commonwealth publie un reportage sur "le général Tubman" et ouvre une souscription en sa faveur, la solde des Noirs dans l’armée de l’Union étant alors la moitié de celle des Blancs. C’est en partie pour cette raison qu’Harriet refuse de rencontrer le président Lincoln lorsqu’on le lui propose. A l’arrêt du conflit fratricide, en 1865, lorsque Lincoln décide de créer une armée de Noirs, commandée par des Noirs, le major Delany, qui est chargé de la réalisation du projet par le président sollicite l’avis d’Harriet. Celle-ci décide cependant de rester dans le service des hôpitaux, où elle travaillait déjà. Remariée avec Nelson Davis, elle se retire à Aubura. Elle passe le reste de son existence à agir en faveur de l'instruction des enfants noirs et de la prise en charge des personnes en difficultés (vieillards, femmes seules, etc.). Les droits sur Scenes in the Life of Harriet Tubman, que l’auteur Sarah Bradford lui avait cédés lors de la parution du livre, permettent à Harriet de vivre tout en contribuant à ses différentes œuvres de charité. C’est par le biais de cet ouvrage qu’elle reçoit une invitation de la reine Victoria à venir lui rendre visite en Angleterre. Invitation qu’elle décline. Décédée d’une pneumonie en 1913, le général Tubman reçoit les honneurs militaires lors de ses funérailles. |
© Anovi - 2003