Femmes sous l'uniforme
Les documents

 

Discours du député Poultier à la Convention, 
dénonçant la présence des femmes aux armées, 
le 30 avril 1793



Le 30 avril 1793, le député du Nord François-Martin Poultier d’Elmotte (1753-1827) lance une violente diatribe contre la présence des femmes dans les armées de la République. Cet ancien gendarme du roi, qui fut ensuite officier dans le régiment de Flandre et professeur de mathématiques aux écoles militaires avant d’être élu député à la Constituante, énumère les effets néfastes de ces présences féminines : il en rejette la faute sur le traître Dumouriez qui, après son échec en Belgique s’est réfugié chez les Autrichiens. A la suite de son discours, la Convention décrète l’exclusion des femmes de l’armées à l’exception des blanchisseuses et vivandières. 

Le décret de la Convention 


Citoyens, les généraux vous ont plusieurs fois adressé des plaintes sur le grand nombre de femmes qui suivent les bataillons. A la retraite de Belgique, elles formaient une seconde armée. Outre qu'elles absorbent une partie nécessaire des subsistances, elles gênent la marche des troupes, ralentissent le transport des bagages en se plaçant sur les voitures, et par là elles rendent les retraites pénibles et dangereuses ; elles sont la source des querelles, sèment la terreur dans les camps ; elles y inspirent le découragement et les dégoûts ; enfin elles sont un objet continuel de distraction et de dissolution pour tous les militaires, qu'elles énervent, et dont elles amollissent le courage.

Ne croyez pas, cependant, que ce mal vienne du soldat. Dans la Belgique, Dumouriez leur donnait l'exemple de cette infraction à la police des armées ; il traînait à la suite des maîtresses, des chanteuses, des comédiennes, et son quartier avait beaucoup de ressemblance au harem d'un vizir. Cette contagion avait gagné les officiers et les soldats. Et le général n'avait garde d'empêcher ce qu'il faisait lui-même. C'est ainsi qu'on calomnie les volontaires ; on leur trace les chemins des fautes, on les y conduit insensiblement par l'exemple de l'indulgence ; et quand il en résulte un grand mal, on veut faire retomber sur eux l'indignation publique. Ces réflexions ont engagé votre comité de la guerre à sévir plus rigoureusement contre les généraux et les officiers que contre les soldats, parce que les premiers, étant plus instruits des lois, sont doublement coupables lorsqu'ils les violent.

 


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